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(…) la Kabbale considère que l'homme construit et renouvelle le sens du texte originel.
Haïm Brezis, Un Mathématicien juif
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La Guématria
Pour la Kabbale, les lettres hébraïques sont aussi des chiffres ; un texte écrit en hébreu est donc un document chiffré. La Kabbale devient ainsi un « art de faire parler les chiffres ». Ce rapport entre les chiffres et les lettres s'appelle la Guématria. Les Grecs connaissaient et utilisaient un procédé de conversion identique à la Guématria : L'isopséphie.
Tableau de correspondance des alphabets hébraïque et grec

Dans la Guématria classique, on additionne les valeurs des lettres d'un mot ou d'un nom et on compare le résultat à d'autres mots qui ont ce même total. En utilisant cette méthode, les kabbalistes disent par exemple que « Dieu est Amour et Unité ». En effet, en hébreu, Amour se dit Aavah (Aleph, Hé, Bèt, Hé), ce qui donne 1 + 5 + 2 + 5 = 13 ; Unité se dit Ekhad (Aleph, Hèt, Dalèt), soit 1 + 8 + 4 = 13. Les deux mots Amour et Unité sont donc équivalents. Or le tétragramme Dieu ou Yahvé (Yod, Hé, Vav, Hé) vaut 10 + 5 + 6 + 5 = 26, soit 13 + 13. Cette façon de coder et de décoder les textes a pour but d'assouplir l'esprit en multipliant les rapprochements entre différents termes. Elle permet en outre de véhiculer des informations importantes sous une forme anodine.
Le Notarikon
Le Notarikon est un deuxième procédé de lecture des textes sacrés. Il consiste à considérer chaque lettre d'un mot comme l'abréviation d'une phrase entière (principe du sigle ou de l'acronyme). Le titre du livre-clé de la Kabbale, le Zohar (Zayin, Hé, Rèch), est généralement traduit par « Splendeur ». Il peut être interprété comme l'acronyme de la phrase suivante : Zeh Ha Reshit qui signifie « voici le début ». L'apparente simplicité d'un mot peut dévoiler, grâce au Notarikon, des ressorts subtils.
La Témoura
Enfin, les kabbalistes utilisent souvent un troisième procédé de lecture qui consiste à permuter les lettres d'un mot selon des règles précises. L'application de ce principe au premier mot de la Genèse, Bereshit (« Au commencement ») est un exemple frappant de l'usage de la Témoura. Bereshit s'écrit Bèt, Rèch, Aleph, Chin, Yod, Tav, mais Bereshit c'est aussi Berit-Esh (Bèt, Rèch, Yod, Tav - Aleph, Chin) qui signifie « Alliance du feu ». La Genèse est-elle le trait d'union avec les anciens cultes solaires ? En tout cas, la Témoura nous montre qu'avant le ciel, la terre et les eaux, le feu, déjà, se manifestait.
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